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L’index, créativité d’une pratique de lecture

Séminaire proposé par Laurent Calvié (Philologie de l’avenir, Éditions Anacharsis), Sophie Rabau (Université de Paris 3, CERC) et Camille Noûs (Cogitamus) Janvier-Juin 2023 (un samedi par mois de 10h à 13h), à l’Université de Paris 3, 8 avenue de Saint Mandé, 75012 Paris, salle B009

À la suite de certains ouvrages scientifiques, mais aussi d’œuvres de fiction, on trouve une liste alphabétique des personnes et/ou personnages cités dans le texte, mais aussi parfois des sujets abordés ou encore des noms de lieux… Chaque entrée de la liste est suivie du ou des numéros de page où on en trouvera mention. C’est l’index. Invisible bien des fois, ignoré souvent, consulté parfois, utilisé souvent, mais jamais lu en tant que tel et pour lui-même, voie ou plutôt voies d’entrée vers l’œuvre qu’il est réputé décrire et servir. Tel est l’index, donc : un instrument de lecture transparent établi par un lecteur réputé besogneux à qui l’on ne demande rien, surtout pas du génie ou de l’invention, sinon un peu d’exactitude et de rigueur dans l’établissement des listes qu’il offre à d’autres lectrices pressées de retrouver tel ou tel passage ou de lire en picorant ce qui dans l’œuvre l’intéresse.

L’index est pratique. Il est exact. Il n’est pas texte. Il n’est pas œuvre. Il sert l’œuvre et son lecteur. Il ressortit à la science documentaire, éditoriale ou philologique, mais sûrement pas à l’art ou à la littérature. Il semble avoir pour unique propos de permettre au lecteur de se repérer commodément dans l’ouvrage, et c’est peut-être en raison de cette fonction apparemment pratique, en deçà de toute interprétation ou de tout geste créatif, que l’index est comme invisible aux yeux des créateurs comme des poéticiens ou des théoriciens de la littérature – même Gérard Genette n’en fait pas mention dans Seuils, l’ouvrage qu’il consacre au paratexte.

Mais le geste apparemment technique, voire mécanique et neutre, de l’indexation est en fait une lecture qui interprète le texte indexé, le réordonne et le fragmente en unités de sens ou en éléments lexicaux soumis à l’ordre alphabétique, le transforme en un autre texte, ou en un autre état du texte donné, voire en  constitue déjà une réécriture.

Derrière ce qui semble être le comble de l’objectivité critique pourrait ainsi se cacher une nouvelle manière de réinventer les textes.

C’est en voyant l’index comme un dispositif de lirécriture, un de ces lieux où la lecture est inséparable de l’écriture, que nous interrogerons son potentiel créatif sur un plan historique, poétique, et esthétique.

En étudiant d’abord sur un plan historique l’évolution des pratiques d’indexation, on en explicitera les enjeux herméneutiques, et on traquera, dans les siècles passés et en particulier dans l’histoire du livre et de la philologie, les signes, les indices ou l’évidence oubliée d’une créativité de l’index.

En dressant ensuite, les bases d’une poétique de l’index, on explorera toutes les formes concevables d’indexation, des plus apparemment neutres aux plus créatives.

Sur un plan esthétique, enfin, on se penchera de manière prospective sur la littérarité de l’index, sa disposition à être ou à faire œuvre littéraire, en posant que l’index est une formidable machine à réécrire l’œuvre littéraire, mais aussi à inventer une œuvre encore inédite à partir de la liste de mots qui s’offre à nous. Alors un index ne serait pas seulement le reflet d’une œuvre existante, mais aussi le projet d’œuvres à écrire dont on esquissera les contours à partir d’essais ou de propositions d’écriture.

Auctorialité de l’indexation, style et/ou imaginaire de l’index, inventions d’indexation inédites et (re)découvertes par l’enquête historique d’indexateurs ou d’indexatrices qui revendiquent déjà la littérarité de leur pratique, littérarité, réécriture et indexation, seront autant de voies d’entrée possibles pour ce séminaire où la recherche sera le moyen d’inventer de nouvelles voies de créations littéraires